La chasse sous-marine en Provence : les techniques de chasse - l'agachon

Les différentes techniques de chasse sous-marine - L'agachon


L'agachon


L'agachon est une technique qui consiste à attendre / attirer le poisson suffisamment près pour finaliser sa capture. Elle est quasiment comparable à l'affût pratiqué par les chasseurs terrestres. Le but de la manoeuvre est d'attiser la curiosité du poisson afin que celui-ci se rapproche.

Bien évidemment, certaines espèces sont plus sensibles à cette approche que d'autres et feront donc l'objet d'une pêche particulière. Les poissons principalement concernés par ce type de chasse sont : le loup, le muge, le sar, le denti, la daurade, la liche et le barracuda.

Tout d'abord, il faut choisir son poste, c'est-à-dire, l'endroit où l'on va attendre le poisson. Le choix de celui-ci est primordial car sa topologie va nous renseigner d'une part, sur le type de poisson fréquentant éventuellement la zone, et d'autre part, sur la manière dont il faudra se positionner, une fois au fond de l'eau.

Parfois, la visibilité et / ou la profondeur ne permet pas de choisir son poste depuis la surface. Si tel est le cas, il vous faudra soit effectuer des demi-apnées pour repérer les lieux, soit descendre directement et choisir rapidement un emplacement favorable.

Cette technique repose sur une discrétion irréprochable et une préparation minutieuse afin d'obtenir de bons résultats :

La ventilation ne doit pas être forcée ( phénomène d'hyperventilation par exemple ). La détente est primordiale car elle permet de faire le vide dans la tête ( difficile en cas de courant ou par mer agitée ), mais surtout de faciliter les échanges gazeux entre les différents muscles du corps. Les poumons se remplissent d'air au fil des secondes et la détente est complète, vous pouvez alors entamer la descente ( appelé aussi le "canard" ).

Il s'agit alors de se glisser sous l'eau en offrant le moins de résistance possible et ainsi favoriser la pénétration sous la surface de la mer. Il faut courber le fessier, les bras le long du corps afin de basculer dans l'eau. On peut se servir des deux jambes ou d'une seule ( cela dépend des individus ). Dans tous les cas, la jambe doit être parfaitement tendue et il faut impérativement attendre que la totalité de ses jambes + palmes soient immergées pour pouvoir enfin commencer à palmer.

Le mouvement de palmage doit être souple et lent afin de ne dépenser que le minimum d'oxygène. L'arbalète doit être près du corps et la descente silencieuse pour ne pas effrayer le poisson. Quand vous êtes proche du poste d'agachon, vous devez arrêter de palmer afin de vous positionner dans de bonnes conditions car une approche trop rapide vous empêcherait une approche discrète.

A ce stade, vous devez maintenant attendre le poisson. Il faut savoir que suivant l'espèce et même parfois, la taille du poisson, il vous faudra retenir votre souffle de longs instants avant de pouvoir visualiser celui-ci. Ainsi, des poissons très méfiants ( comme par exemple le denti ou la daurade ) nécessiteront une très bonne apnée pour être capturés. Il vous faudra donc rester le plus détendu possible afin de prolonger votre apnée. Vous devez éviter tous mouvements superflus et rester bien collé à la roche afin de se fondre dans le décor.

Matériel utilisé

L'arbalète utilisée pourra varier du simple tube de 75 cm au 120 cm en fonction des conditions. Le meilleur compromis pour ce type de pêche se situe entre 90 et 100 cm. Ainsi on privilègiera le 75 si l'eau est trouble afin de favoriser les tirs rapides "à la volée", ou encore on préfèrera le 120 si l'eau est très claire et la visibilité >= 7-8 mètres.

Concernant le diamètre de la flèche, cela dépend des préférences, de la taille de l'arbalète et de la taille du poisson visé. Une flèche de 6 mm sera plus véloce et aura donc un meilleur rendement sur des arbalètes courtes de type 75 cm, la flèche de 6,5 mm sera plus adaptée sur des arbalètes de 90, 100 voire 110 cm et enfin une 7 mm se prêtera mieux à un tube de 110 - 120 cm, cette dernière acceptant mieux le rapport puissance de la projection / friction avec l'eau d'une arbalète puissante. L'ardillon sera long pour mettre de bloquer le poisson sur la flèche. Vous pouvez également opter pour un montage muni de double ardillons. Enfin, L'utilisation d'une pointe détachable peut être justifiée sur des poissons de belle taille.

Par exemple, on ne mettra pas une flèche de 6mm sur un tube de 100 cm équipé de sandows megatone car ceci aurait pour effet un tir ultra rapide mais beaucoup trop imprécis, la flèche déviant de sa trajectoire initiale. En règle générale, on tendra donc vers une configuration équilibrée qui a pour but de concilier rapidité et précision du tir.


J'insiste sur ce point car un poisson mal fléché est synonyme de poisson perdu car il se décrochera inexorablement. Le tir, suivant les conditions, ne pouvant pas toujours être parfait, autant réduire significativement les problèmes liés au matériel afin de maximiser les chances d'attraper un poisson.

Pour le choix de la combinaison ( noire, camouflée ou de couleur ), les avis divergent sur ce sujet et restent donc à discrétion du plongeur. Pour ma part, je pense que la combinaison doit s'inspirer au maximum à notre environnement de pêche direct afin de s'y fondre harmonieusement. Si une combinaison camouflée reste un choix très pertinent à faible profondeur, la combi noire ou de couleur semble plus appropriée aux profondeurs importantes, là où la couleur et la luminosité n'ont plus le même rayonnement.

Pour ce qui est du lestage, cela dépend réellement de la profondeur opérationnelle. En effet, si le lestage est généralement de 1 kilo de plomb par tranche de 10 kg de votre poids, celui-ci doit être plus ou moins conséquent si vous chassez en eaux peu profondes.

Par exemple, si vous chassez entre 0 et 10 m, vous pouvez vous "plomber" +/- 2-3 kilos supplémentaires. Au contraire, si vous chassez au-delà de 10 m, il vaut mieux retirer 1 à 3 kilos. Sachant qu'il faut trouver un juste compromis entre la flottabilité positive et négative ( naturelle passé 10 m ), voici un petit tableau pour vous aider :


Ex : Valeurs pour un individu de 80 kg, donc base de 8 kg de plombs
Profondeur de chasse 0 - 10 mètres 10 - 20 mètres 20 - 30 mètres > 30 mètres
Lestage total ( + / - ) +3 kg ( + / - ) -1 kg ( + / - ) -2 kg ( + / - ) -3 kg

Enfin, si vous chassez dans peu d'eau, il peut être très utile de disposer de plombs de cheville ( 500 g en général ) afin de vaincre la flottabilité du pantalon. Cela vous assure également une réduction significative des mouvements de vos jambes occasionnés par le courant et la houle, donc une discrétion accrue.

Appréciation personnelle

L'agachon procure des sensations intenses car le poisson vient souvent se rendre compte par lui-même ce que représente le chasseur sous-marin. De cette façon, un poisson peut se retrouver à quelques centimètres de son propre masque, déchargeant ainsi une bonne dose d'adrénaline notamment pour les beaux spécimens.

Malgré la difficulté que représente cette technique ( surtout à grande profondeur ), elle peut être très fructueuse en fonction des paramètres et des conditions météo du jour. Par exemple, certaines espèces comme la daurade seront plus "facilement" approchées si la mer est trouble et chargée de matières en suspens.

Le plus difficile est de gagner la confiance du poisson. Personnellement, j'utilise plusieurs techniques en fonction de l'espèce recherchée ( plus ou moins efficaces ) :

Le loup : un petit bruit de gorge peut se révéler efficace pour l'attirer.

Le muge : gratter la crosse du fusil contre la roche.

Le denti : se cacher si possible dans un abri / grotte pour l'agachon.

La daurade : Rester camouflé et attendre, elle est bien trop méfiante !

Enfin, une technique qui fonctionne avec la plupart des poissons; si vous bénéficiez d'une petite anfractuosité pointant vers le bas sur le poste d'agachon, faites mine de vous y cacher et de simuler une peur panique ... certains poissons arriveront à toute allure sur vous pour vous jauger ! C'est durant cette approche rapide que le poisson est potentiellement vulnérable car il est très afféré à vérifier de quoi il s'agit et n'hésite donc pas à se rapprocher très près. En revanche, vous n'aurez quasiment jamais pas de seconde chance que le poisson se représente ...

Illustration de la technique